Surcharge Sensorielle Avec Osti One [Entrevue]

Crédit Photo: Shani Disssizit

Le K6A est un collectif d’arts urbains ultra-prolifique, avec un mélange interdisciplinaire de graffiteurs, rappeurs et beatmakers parmi les plus talentueux au Québec. Osti One fait partie de ces 22 ratons,

et c’est l’un des rappeurs les plus adaptables dans le game, ce qui est réflété par ses performances exceptionnelles dans la ligue de freestyle End Of The Weak et aux premières

Full HD

éditions des Word Up! Battles. Le jour, tu peux chiller avec au Sub-V à NDG. La nuit, seul Dieu sait. Après des centaines de freestyles et d’enregistrements de qualité jamais sortis au grand jour, il sort un album qui réflète sa vision nocturne: “Full HD”.

Chu pas debout le jour ben ben.

-Osti One

C’est une surcharge sensorielle où l’auditeur n’a pas d’autre choix que de plonger dans la musique, et ainsi découvrir l’univers grimey/beau/twisted/deep d’un dude qui a décidé d’allumer la switch et arrêter de censurer certaines parties de la réalité. Full HD sera certainement un album incontournable du shroom bap, un bricolage de pensées sur fond de beats rap psychédélique d’inspiration newyorkaise. Entrevue Full HD.

Elementality : Full HD c’est sorti cette semaine, mais le premier single « B.S. » ca fait environ un an. Comment tu te sens d’avoir finalement quelque chose de palpable en ligne?

Osti One : Ça fait du bien, ça faisait très longtemps que c’est dans les works. J’ai plein d’autres projets en train d’être faits en ce moment. Cet album a commencé comme un ramassis de mes vielles tracks écrites il y a environ quatre, cinq ans. Y’a plein de tracks qui ont été revamp. « Thon d’Atlantis » ca a été fait sur 3 beats. Ya quelques tounes qui ont eu des rework. « Propagation », une track enregistrée sur un beat de Kenlo c’était originalement une des 1e tracks pour l’album de K6A. Finalement ça n’a pas fini sur l’album, mais ça a respecté l’échéancier du K6A. On les écrit, après ça on les release trois ans plus tard! Quand ils ont su que je travaillais sur un album solo, tous les gars se sont investis, ils ont retravaillé tous les beats. Ils ont mixé et masterizé ça comme du monde. C’est complètement différent de ce que c’était au début.

Elementality : Est-ce que ça a été un défi de retravailler les verses pour rentrer dans des beats plus modernes et avoir un son plus proche de ce que les gens écoutent maintenant?

Osti One : Les fashion cycles sont rendus au point ou les jeunes ne connaissent plus le rap nineties, et le redécouvrent. T’as plein de acts comme Joey Bada$$ qui récupèrent ce style. Honnêtement je ne pense pas que personne n’ait fait des meilleurs textes que Wu-Tang Clan, je crois que c’est du timeless material. J’essaie pas de faire du 90s music mais la barre au niveau du contenu lyrical a été placée durant ce temps. Ce qui est le plus important c’est d’avoir son propre style, et ça c’est timeless.

Elementality : As-tu pressé des CD?

Osti One : Pour l’instant c’est juste un web release. Je considère fortement de faire des CD. Je vais voir avec la demande. Je fais juste créer la musique, je ne pense pas qu’il y a tant d’argent dans le game. Je ne veux pas juste faire des copies CD, faire partie du monde qui garde des boites de CD dans leur storage. Si je monde le demande, je vais en faire. Peut-être une centaine de copies et un petit lancement. Tant que le monde feel et ecoute mon shit, c’est ça ce qui compte!

Elementality : La résolution d’écran c’est un concept assez nouveau dans la psyché collective. Comment es-tu arrivé à adopter le 1080 comme lifestyle?

Osti One : Je vais t’explique d’où vient l’origine du Full HD. Ce concept la a commencé à ma fête il y a environ 2-3 ans. Je faisais un trip d’acide avec mon boy Killa Ef, on était sur l’acide ben raide on écoutait du Styles P et du E-40. On était assis dans sa cave, lui il a une esti de télé de la mort, on a mis le nature channel qui s’appelle Oasis HD. On a mute le volume et on a écouté du E-40. On n’arrêtait pas de se dire que cette folle combinaison était « Full HD ». Mon boy Soma est passé fumer un spliff et après une anecdote random, il a sorti « Full HD » comme adjectif. On est parti à cramper.

Mais ça va plus deep que ça.C’est parti avec un slang et c’est devenu une philosophie de vie. Tous les humains ont un niveau de perception sensorielle. Quand tu fais de l’acide, ça augmente ta perception sensorielle. Ça ferait trop de confusion dans la vraie vie, le cerveau censure ces choses-là. Le brain enleve les choses autour et nous permet de se concentrer sur des tâches simples. Si tu veux vraiment vivre ta vie à ton plein, faut augmenter la perception. Le monde qui voit pas ce qui les entoure, c’est du monde qui vit pas Full HD. Tu essaies de sentir, voir et entendre toute la richesse, tous les pixels…ça c’est vivre full HD. C’est ca ce que ça représente pour moi. That’s why j’ai appelé ce shit Full Hd. Faut que tu sois submergé dans la musique, que tu réécoutes plusieurs fois. C’est pas fait pour être dans le background. Je veux que les gens aient toute leur attention sur l’album.

Maintenant la musique est très rapide, les gens ils cliquent une seule fois. Moi j’aime ça aussi, tu ne fais pas attention aux beats, ca met de l’ambiance. Je voulait présenter un album plus dans l’optique free jazz fusion. C’est qualitatif. A court terme ce n’est pas la meilleure stratégie dans notre environnement actuel de musique. Ils vont plus l’apprécier à long terme.

Elementality: Shout out a Killa EF! Explique-nous les origines et le  de ton 2e single « Botherface », un slang que tu as inventé?

Osti One : Ça vient du slang butter face, qui est un slang anglais pour dire qu’elle est vraiment belle but-her-face, et c’est drôle parce que ça fait comme face de beurre. Botherface c’est pas juste pour les filles, ça peut s’appliquer à n’importe qui. Je parlais avec mon boy Maps, et on parlait d’un dude commun qu’on connait les deux tout le temps wasted dans les shows. Un gars particulièrement gossant in your face. On l’appelait botherface. C’est un amalgame de gens différents ou d’habitudes de vie différentes qui me gossent. Je tiens à le préciser, les derniers bars de ce track la, je suis aussi fucktop et gossant, beaucoup de mes amis sont des alcooliques. C’est un peu un reminder, buvez responsablement.  Il y a bcp de glorification du fucked up life. Ce track c’est un peu un antithèse de ça je suis pas 100% down avec  la glorification. On n’est pas tout le temps fucked up. Je veux présenter aussi l’autre aspect. Quand je deviens gossant je me lève le lendemain et je regrette. Je voulais faire une track qui montrerait l’autre côté de la medaille.

Elementality : Tu parles beaucoup du nightlife et des personnages qui y sont présents. Qu-est ce qui te fascine de la vie nocturne?

Osti One : Je suis pas debout le jour ben ben. Je vois cet album comme un album d’hiver. Quand il fait noir, il fait frette et faut rester à l’intérieur, ça va avec le vibe de l’album. C’est une expérience d’immersion. Je suis pas mal un night dweller. Pour Full HD, il fallait un filtre, quelque chose de constant à travers l’album. À part « Propagation », qui est un peu plus bright, c’est assez dark. Je veux pas avoir un album avec un hit pour l’été, je veux que les gens aient l’écouter quand ils sont dans une humeur particulière. C’est pour ca qu’on l’a drop en plein automne, fallait que ce soit associé à un feeling particulier.

Elementality : So c’est du du headphone music introspectif ?

C’est 100% ça. C’est pas du sound system music pour chiller.

Elementality : Tu as des productions de Smilé, Jam, Sev Dee Kenlo, surtout du monde de K6A. C’était une décision consciente de faire un effort 100% K6A?

C’est vraiment un projet K6A avec des productions de tous les beatmakers du collectif à part moi et Main Bleue. Jam, Smile, Kenlo et Sev Dee ont tous lace des instrumentals.

Elementality : Tu es aussi un graffiteur reconnu sur la scène, est-ce que ça change ton approche musicale?

Osti One : Absolument! En fait ma philosophie creative en tant quartiste visuel et audio a toujours ete de ”peindre des histoire et raconter des images” c’est d’ailleurs l’allégorie qui se retrouve dans ma track ”Galerie Vide”. Je traite sur comment mes verses et beats sont des images visuelles comparable a des toiles.

Elementality : Tu as participé à plusieurs initiatives competitives (Wordup, End of the Weak) et non-compétitives comme le Artbeat. Quel format est le plus attrayant pour un artiste comme toi?

Osti One : J’adore les End of the Weak! C’est un des meilleurs événements de hip-hop au Québec. Le monde savent pas encore. Les calibres sont fous, les épreuves sont construites parfaitement pour montrer TOUT les aspects dun bon MC, le vibe est compétitif, mais amical. Et en plus tout les performances sont uniques et irréproductibles vu la nature improvisation de l’événement.

Elementality : Tu es aussi tres skilled en rap anglais, penses tu sortir quelque chose bientôt dans la langue de Shakespeare?

So far, j’ai jamais écrit de texte anglais. Si tu m’entend en anglais c’est 100% freestyle à chaque fois. Peut-être un jour je m’y mettrai , mais y’a déjà des milliers de MC anglais. Par contre en français il reste encore des créneaux, niches et styles qui n’ont pas été développés alors je peux contribuer a la scène beaucoup plus.

Elementality : Comment tu trouves la diversité actuelle de la musique urbaine Montrealaise et québécoise?

J’adore la diversité. Y’a un style de musique pour chaque humeure que tu peux avoir, que ce soit pour rire de l’ironie ou d’apprecier quelque chose de plus profond. Tout le monde contribue à l’écosystème musical de notre région et j’adore ça. J’aime surtout ça quand les gens mélangent des styles nouveaux et sortent de la boîte. La seule formule dans le hiphop c’est ”soit different”. Y’a une nouvelle vague de creativité presentement et c’est magnifique.

Full HD – Album en téléchargement gratuit:

B.S. (prod. Smilé Smahh):

 

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