Lyricest – Apocalypse [Album]

La semaine dernière, Lyricest a lancé son premier album Apocalypse. Malgré la mini-controverse lancée par le journaliste chroniqueur Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal entourant l’utilisation du franglais dans le rap queb jeu, on s’attendait à ce que Québecor couvre ce lancement d’album où l’anglais et le français se chevauchent comme s’il s’agissait d’une seule langue hybride/bâtarde.

Vu que nos collègues de l’empire médiatique défenseur du monolithe identitaire québécois ne l’ont pas fait, on s’est dit qu’il serait only fair d’avoir une petite mention pour le nouvel album de Lyricest. Il s’agit d’un exemple de cette pratique de métissage, qui, admettons-le, ne date pas d’hier.

Est-ce que l’artiste devrait se sentir concerné par tout ce bla-bla entourant la pureté de la langue?

“Pour moi le franglais est une façon de représenter la richesse culturelle de la réalité bilingue montréalaise. Le mélange s’est fait naturellement dans mon cas puisque j’opère dans les deux camps! Je pourrais en discuter pendant des heures mais je vais me limiter à répondre à ta question. Je crois que le franglais amplifie la compréhension de mon message puisque ça permet à l’audience strictement anglophone de saisir quelques bribes. Ça affecte peut-être la “pureté” mais la pureté est un concept aléatoire et même plutôt dangereux, demande à Hitler.”

Il s’agit d’un produit peaufiné où les flows ont été tous pensés pour éviter la banalité. La pièce Satoshi Nakamoto, entre autres, témoigne de cette capacité d’adaptation à toutes sortes de rythmes chez le rappeur ayant fait ses débuts en 2011 . La production comprend pas mal de trap, mais détrompez-vous, il s’agit d’un album où les paroles sont au premier plan. Avec un nom comme Lyricest, on peut s’attendre à du subject matter à fond la caisse, même si c’est livré subtilement et à petites doses. L’on a droit à de sérieuses prods de Ruffsound, Positive (Made of Stars), Jay Century, Addik Muzik et Usual Suspect, beatmaker de la relève montréalaise qui signe six des douze morceaux.

Trois collaborations ont fait la cut, dont Aller Simple, premier single de l’album avec Orphan de Makeway Studios, Satoshi Nakamoto avec FiligraNn des WordUp Battles/K6A, et Dans ma zone, une ode à la positivité avec Freddy Gruesum. Oui, vous avez bien entendu. Cela donne une idée globale du projet, qui touche plusieurs thèmes dont les peines d’amour, les drogues, la débauche, la perdition et puis…l’espoir. Malgré l’allusion constante au désarroi et les substances qui facilitent son passage, il y a une lueur de positivité qui traverse l’album et c’est cette tension qui ficelle l’album et lui donne un certain sens. Le chaos est un thème recurrent, mais l’artiste ramène toujours l’idée que l’on peut s’en sortir si on arrête de constamment stresser et juger les autres.

La façon dont Lyricest fait plier les mots permet de créer de nouveaux rhyme schemes, et musicalement, cela marche très bien. Lyricest fait partie de l’organisation des Word Up! Battles, la première ligue de battle acappella francophone, et est affilié à Make Way Studios, un label surtout anglophone. Sa présence permet une meilleure communication entre les deux grandes communautés linguistiques de la scène hip hop montréalaise; il est donc naturel de trouver sur son album des influences du rap anglais dont des tournures de phrases.

Est-ce la fin du monde si l’on entremêle des codes linguistiques issus de deux mondes pour en faire le nôtre, celui d’une métropole multiculturelle? Selon certains puristes, c’est un indicateur du déclin de notre Culture avec un grand C. Pour Lyricest, c’est probablement juste un symptôme de l’Apocalypse avec un grand A. Enjoy the ride.

 

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